17.10.13

WoJNAROWICZ R3MIX

LUCILLE CALMEL + MATHIAS VARENNE + DAMIEN PETITOT
 = 
WOJNAROWICZ REMIX

Ce matin je me suis réveillé dans une autre partie de mon ce
rveau. Admettons le principe, ne serait-ce qu'un 
instant, que l'on se réveille cha
que jour de sa vie dans la même zone du cerveau. En
 ouvrant les yeux ce matin, j'ai éprouvé le sentiment confus que quelque chose d'indéfi
nissable avait changé pendant m
on sommeil et que je me retrouvais ailleurs, pas physiquemen
t mais presque. Le « je » de m
on moi s'étai
t carapaté dans les profond
eurs de ma mémoire et de ma conscience, enfoui
 dans une autre partie de ma cervelle avant de refaire surface dan
s un recoin de ma
tière grise. Qu
and mes yeux se sont ouverts, j'ai eu l'impression de r
evoir la chambre famili
ère à traver
s une vitre jaunâtre d'un mètre d'épaisseur. Comme
 si j'étais dans un étang, yeux grands ouverts, et que je m'efforçais de mesurer l
a distance me séparant des b
attements de jambes 
d'un autre nage
ur. Or personne n'est
 là pour que je puisse évaluer la di
slocation. J'ai combattu 
l'envie de me recouche
r et de 
me rendormir pour regagner l'endroit habituel, pour m'insérer à n
ouveau dans cette zone en mutation dans laquelle je m'étais rév
eillé pendant plus de trente ans. J'ai traî
né un léger sen
timent de
 panique toute la journée en m'efforçant de me réadapter. Je ne cessais de me noyer dans l'idée que mon passé à 
la dérive et mon quotidien malmené se trouvaient peut-être à quelques c
entimètres de moi. Mais dans la cervelle un petit centimètre équivaut à des centaines d
e kilomètres de distance crânienne. Ce qui signifie des an
nées et des
 années,
 ou même toute une vie, passées avec un
 sentiment de bie
n-être soudain pulvérisé par un léger gliss
ement au sein d'un espace confiné.
C'est la découverte d'un portrait et non d'une
 simple imag
e qui me séduit : le travelo dans ce bouge
 sur les quais
 qui se dirige vers un étranger et lui adresse un
 sourire timide, aguicheur, révélant des chicots pourris, plutôt que la petite frappe à peine sortie des draps blancs du lit de Pasolini ; 
l'image de jean Genêt détachée des belles phras
es de littérature, arrac
hée à l'époque, au temps, à la t
erre, elle tangue doucement derrière mon dos, accrochée 
au mur de tôle. C'est le simple fait de se retou
rner lentement, de sen
tir le so
uffle d'un autre corps dans une pièce silencieuse, la q
uiétude rompue par le bruissement d'un ongle contre la crêt
e d'un col.C’est tellement simple : l
’homme sans œil contre un mur fuyant, l’imperc
eptible détérioration du temps, des ombres, des images gravées sur les murs écaillés. La douce é
bauche d’une tête de chi
en devinée sur le plâtre, simple comme les éclaboussures d’u
n poisson ima
ginaire, et puis le trou dans le mur un p
eu plus loin qui encadre le ciel dentelé constellé d’éclats 
argentés de lumière. Tellement simple, la tombée de la nuit dans une pièce pleine d’inconnus, les dédales 
de couloirs pa
rcourus comme dans un film, les corps morcel
és surgis des ténèbres se découpant 
dans la lumière, 
le bruit étouffé des avions dans le lo
intain.
Régulière
ment quand j'avais un peu d'argent en rab 
parce que j'avais écarté les jambes dans les 
hôtels à sept dollars de la 8
ème avenue je marchais jusqu'à la gar
e routière de Port Authority où je reg


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